Royan, labellisée Ville d’Art et d’Histoire, offre un voyage architectural unique, marqué par la période faste de la Belle Époque et la Reconstruction audacieuse des années 1950 après les bombardements de 1945.
Le Destin de Royan (1945)
- Le Drame : En janvier et avril 1945, alors que la France est presque libérée, Royan reste une « poche » de résistance allemande.
- L’Erreur Alliée : Suite à une tragique erreur de communication et de renseignement, l’aviation alliée (Britanniques puis Américains) bombarde massivement le centre-ville.
- Le Bilan : La ville est détruite à 85 %. Royan devient le martyre de la Libération, un sacrifice jugé par beaucoup d’historiens comme militairement inutile si tard dans la guerre.
- La Renaissance : Dans les années 50, elle est reconstruite comme une « ville idéale », devenant un laboratoire mondial de l’architecture moderne (style 1950).
L'Architecture des Années 50 : Le Modernisme Triomphant
Royan est considérée comme un musée à ciel ouvert de l’architecture moderniste française d’après-guerre. La ville est reconstruite selon les principes de l’urbanisme et de l’architecture moderne, sous l’égide de l’architecte en chef Claude Ferret.
Focus sur les Œuvres Emblématiques :
- L’Église Notre-Dame : Chef-d’œuvre de l’architecte Guillaume Gillet, inaugurée en 1958.
- Prouesse Technique : Sa structure en béton armé brut utilise la technique des voiles minces et des arcs paraboliques pour créer une toiture en forme de « selle de cheval » de seulement 8 cm d’épaisseur.
- Esthétique : Sa silhouette sans fioriture et son clocher culminant à 56 m en font un repère visuel majeur. L’intérieur est baigné de lumière filtrée par 500 m² de vitraux aux formes géométriques et abstraites.
- Le Palais des Congrès et l’Auditorium : Symbole de l’architecture tropicalisée et de l’influence brésilienne dans la Reconstruction.

Le Palais des Congrès et l’Auditorium sont deux joyaux de la Reconstruction qui illustrent parfaitement l’audace architecturale de Royan dans les années 50.
* Le Palais des Congrès (1954-1957)
Conçu par l’architecte Claude Ferret, c’est l’un des bâtiments les plus emblématiques du front de mer.
- Le style : Directement inspiré du mouvement moderne et du travail de Le Corbusier. On y retrouve les fameux « pilotis » qui soulèvent la structure pour laisser circuler l’air et la vue.
- Sa particularité : Sa façade vitrée côté mer et ses formes géométriques pures. Après une rénovation majeure terminée en 2023, il a retrouvé ses couleurs d’origine et son éclat d’antan. C’est aujourd’hui un lieu culturel et un centre d’affaires incontournable.
* L’Auditorium (Salle de spectacle)
Souvent confondu avec le Palais des Congrès dont il est l’extension naturelle, l’auditorium est un « trésor » de béton et de lumière.
- L’acoustique : C’est une prouesse technique pour l’époque. Sa forme est pensée pour offrir une expérience sonore exceptionnelle.
- L’esthétique : On y admire les lignes courbes et les matériaux bruts typiques des « Trente Glorieuses ». C’est le cœur battant de la vie événementielle royannaise, accueillant concerts et festivals face à la Grande Conche.
- Le Marché Central : Sa spectaculaire voûte en béton en forme de coquillage est une prouesse architecturale (Louis Simon et André Morisseau).

* Un Chef-d’œuvre de Béton (1955)
Conçu par les architectes Louis Simon et André Morisseau, avec l’ingénieur René Sarger, ce bâtiment est une prouesse technique mondiale pour l’époque.
- La Forme : Il ressemble à un immense coquillage renversé ou à une corolle de fleur.
- La Structure : C’est une voûte autoportante en béton armé, d’une finesse incroyable (seulement 8 à 10 cm d’épaisseur), qui couvre 52 mètres de diamètre sans aucun pilier central !
- La Lumière : Grâce à cette structure, l’espace intérieur est immense et baigné de lumière naturelle, offrant une sensation de légèreté unique pour un bâtiment en béton.
* Le Cœur Battant de la Ville
Au-delà de son architecture classée Monument Historique, c’est le lieu de vie principal des Royannais :
- Produits locaux : On y trouve le meilleur du terroir charentais (huîtres de Marennes-Oléron, poissons de la criée, melons, et le fameux grillon charentais).
- Ambiance : C’est un marché quotidien (sauf le lundi hors saison) où l’effervescence sous la grande coupole blanche est une expérience sensorielle en soi.
➜ Le saviez-vous ? La forme du marché a tellement marqué les esprits qu’elle a inspiré d’autres grands projets architecturaux à travers le monde, notamment pour des complexes sportifs ou des halls d’exposition.
- Le Centre d’Interprétation de l’Architecture et du Patrimoine (CIAP)
Situé au rez-de-mer du Palais des Congrès, le CIAP est le point de départ idéal pour comprendre l’histoire et l’architecture de la ville.
- Missions : Il propose des expositions, des maquettes des bâtiments emblématiques, des parcours thématiques, et la reconstitution d’un intérieur typique des années 1950 (cuisine, salon) pour s’immerger totalement dans l’ambiance « fifties » de Royan.
- Rôle : Il est le pivot du label « Ville d’Art et d’Histoire », valorisant l’héritage moderniste de la ville.
Le Circuit "Belle Époque" : Le Quartier du Parc et Pontaillac
Miraculeusement épargnés par les destructions de 1945, le Quartier du Parc et celui de Pontaillac (à l’ouest de la Grande Conche) témoignent de l’âge d’or des bains de mer (fin XIXe – début XXe siècles).
- Le Quartier du Parc : Créé en 1885, ce lotissement résidentiel présente une diversité de styles architecturaux de villégiature :
- Villas éclectiques : Chalets suisses, castels médiévaux, cottages anglo-normands, souvent ornés de bow-windows, de vérandas en bois, de clochetons et de tourelles.
- Pontaillac : Ce quartier a conservé de nombreuses villas Belle Époque le long de la corniche. Il abrite également le Casino Barrière (dont l’immeuble d’origine date des années 1930, ayant survécu aux bombardements), témoin de la tradition festive de la station.
Des visites guidées spécifiques (à pied ou en bus) sont régulièrement proposées par le CIAP pour explorer ces quartiers contrastés.
3) Les Vestiges du Mur de l'Atlantique
La position stratégique de Royan à l’entrée de l’estuaire de la Gironde en a fait une forteresse essentielle du dispositif défensif allemand. Les vestiges du Mur de l’Atlantique sont très présents sur la côte, rappelant le sombre chapitre de l’Occupation et des bombardements :
- Les Blockhaus Échoués : De nombreux ouvrages en béton, postes de tir, et bunkers (de type « tobrouk ») sont visibles le long de la Grande Côte (entre Saint-Palais et La Palmyre) et sur la Côte Sauvage, souvent submergés ou basculés par l’érosion marine.
- Sites Emblématiques :
- La Pointe de Suzac (Saint-Georges-de-Didonne) : Vestiges de batteries.
La Pointe du Chay (Royan) : Site mémoriel important, où subsistent des ouvrages de défense. - Le lieu-dit « Le Requin » aux Mathes (batterie Rest Adler Cosel).
- La Pointe de Suzac (Saint-Georges-de-Didonne) : Vestiges de batteries.
Ces vestiges sont des témoins silencieux de l’histoire et sont intégrés dans des circuits de randonnée ou des visites commentées organisées par le service Patrimoine.
